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LUCARNE

Koné Moyabi , Directeur des Parcs et Jardins

Interview
"Les Ivoiriens doivent respecter les espaces verts"

Le District Autonome d´Abidjan, sous la houlette du gouverneur Beugré Mambé, a engagé une politique qui consiste, à terme, à parvenir à faire d´Abidjan, une ville verte. Une politique d´autant importante que la pollution est un des fléaux qui agressent au quotidien les Abidjanais. Les parcs et jardins étant une des solutions pour faire face à ce grave problème, nous avons rencontré M. Koné Moyabi qui a accepté d´échanger autour de bien des préoccupations.


District Infos : Monsieur le Directeur, dites-nous ce qu´est un parc et ce qu´est un jardin, où se situe la différence entre les deux entités ?


Koné Moyabi : La différence entre un parc et un jardin, c´est qu´un jardin est un espace aménagé avec des plantes, des fleurs, dans un espace assez réduit. Quant au parc, il y en a deux types. D´un, vous avez un parc naturel, c´est-à-dire vous prenez une forêt à l´intérieur de laquelle vous mettez du mobilier urbain comme des bancs. De deux, vous pouvez aussi créer un parc en délimitant un espace dans la ville dans lequel vous mettez tout ce qui est végétal : les arbres, un lac, c´est la nature à l´état naturel mais à l´intérieur de laquelle l´homme crée des espaces d´agrément, des espaces de convivialités, sans détruire la nature. Vous avez par exemple la forêt du banco qui existe au niveau du District Autonome d´Abidjan, mais qui ne dépend pas du District d´Abidjan, qui est géré par le ministère des Eaux et Forêts, à travers l´Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR).


DI : Le jardin botanique de Bingerville relève-t-il de l´autorité du district d´Abidjan ?


KM : Le jardin botanique de Bingerville a été créé depuis les années 60. C´était vraiment un beau jardin créé par le colonisateur. Il dépend aujourd´hui du ministère des Eaux et Forêts. Il y a même une direction qui est chargée de la gestion de ce jardin. Dans le cadre du transfert des compétences des ministères aux collectivités décentralisés au district, le jardin botanique de Bingerville devait être sous la tutelle du District d´Abidjan, mais il est sous la tutelle du ministère des Eaux et Forêts.


DI : Quelle est la fonction spécifique d´un parc et celle d´un jardin ?


KM : Le parc est un espace naturel à l´intérieur duquel l´homme crée des espaces d´agrément sans détruire la nature. L´homme peut créer aussi un parc en plantant des arbres, des espaces verts qu´on peut préserver. On peut créer un parc d´arboretum qui est un espace aménagé avec des espèces rares, des espèces en voie de disparition. En revanche, le jardin, lui, est un espace d´agrément. Il est localisé en général en ville, il est fait non pas avec de grands arbres mais avec des arbustes, des fleurs avec une pelouse gazonnée, etc., avec du matériel minéral, des pavés, des gravillons, on peut y mettre un jet d´eau, c´est plus pour embellir la ville. Mais les deux ont une certaine fonction, celle d´oxygéner la ville parce que toutes ces plantes vertes captent le gaz carbonique et rejettent l´oxygène. Abidjan est vraiment gâté parce que nous avons le parc du banco qui est en plein centre ville et que les gens appellent le poumon de la ville d´Abidjan.


DI : Le jardin botanique de Koumassi, qui était sous la direction du District Autonome d´Abidjan, aurait été cédé. Quelles en sont les raisons ?


KM : A Koumassi, nous avions une pépinière. La pépinière est un laboratoire de production et de reproduction d´espèces végétales de toutes sortes. La pépinière de Koumassi, étant dans la zone sud, nous permettait de couvrir tous les quartiers de la commune de Treichville, de Marcory, de Koumassi, de Port-Bouët, la route de l´aéroport, etc. Nous avons une pépinière aussi à Abobo, qui permettait de produire des espèces végétales pour satisfaire les besoins des communes qui sont au nord : Adjamé, Abobo, Yopougon, Songon, Bingerville et j´en passe. La spécificité de la pépinière d´Abobo, c´est que là bas, nous produisons de grands arbres, contrairement à Koumassi où du fait de l´espace assez restreint, on produisait plus les fleurs, les plantes à fleurs. La pépinière a été cédée à un opérateur immobilier en 2012. Il y a une convention qui a été signé entre le District d´Abidjan, la mairie de Koumassi et l´opérateur. De sorte qu´aujourd´hui, nous avons une seule pépinière à Abidjan celle d´Abobo, à côté du cimetière, sur la route d´Alépé.


DI : Y a-t-il des jardins qui sont plus beaux que d´autres ?


KM : La beauté est relative, il faut savoir ce que vous voulez, s´il faut plus de fleurs, des plantes à fleurs ou bien un espace gazonné ou un espace où il y a des candélabres, des toboggans, des balançoires. Voyez-vous que c´est relatif. On ne peut pas dire qu´un parc à l´échelle 0/10 est à 2. En revanche, pour un jardin aménagé en ville, il y a certaines spécificités. La preuve, la fonction du jardin, il y a la stimulation chlorophyllienne qui permet aux plantes de purifier l´air. Les jardins, les arbres permettent aussi de capter la poussière, empêchent le réchauffement, on parle de gaz à effet de serre. Ils participent à la régulation du climat. Mais un jardin peut être créé. Cela peut être un jardin de convivialité, un jardin pour le recueillement, un jardin pour la distraction, un jardin pour faire des concerts, il y a une typologie des jardins. Il y a des jardins de types mexicain, italien ; les jardins à la française, les jardins à l´anglaise ; les jardins de type japonais.


DI : Quels sont les types de jardins que nous avons ici ?


KM : Cela n´engage que moi, les Africains ne sont pas trop sensibles aux jardins. Ils n´hésitent pas à arracher des plantes pour les mettre sur la route parce qu´ils sont en panne. Les gens n´hésitent pas à faire leurs besoins dans un jardin, y jettent les saletés, marche sur la pelouse, etc.


DI : En tant que directeur des Parcs et Jardins, quelles actions vous menez pour sensibiliser les Abidjanais quant à l´entretien, à l´importance des jardins ?


KM : La sensibilisation est assez timide, il faut le reconnaitre parce que nous n´avons aucun moyen de coercition, c´est-à-dire faire payer dans le cadre du code de l´environnement, l´article ou la loi du pollueur-payeur. Si nous pouvons mettre cela en branle, les gens feront beaucoup plus attention.


DI : L´une des politiques du gouverneur du District d´Abidjan, c´est de faire d´Abidjan une ville verte. Pourquoi cette politique ?


KM : En tant qu´environnementaliste, je pense que ce choix est judicieux parce qu´un arbre, c´est la vie, les arbres ont une âme. En se référant aux temps anciens, nos parents n´abattaient pas les arbres de façon fortuite, il y avait même une certaine incantation, tout un rituel avant d´abattre un arbre. Même quand ils allaient prélever une écorce sur un arbre pour des plantes médicinales, ils faisaient un rituel, récitaient des sourates et autres. Cela veut dire que l´arbre a une fonction un rôle à jouer dans la nature. L´arbre nourrit, soigne, protège l´homme. Il y a donc plusieurs dérivées positives pour faire d´une ville une ville verte.


DI : Peut-on avoir une idée de l´effectif la direction des Parcs et Jardins ?


KM : Nous sommes à 267 agents. La direction des Parcs et Jardins est articulée autour d´une direction et de 3 sous-directions. Une sous-direction chargée des entretiens au quotidien, une chargée de planter, d´aménager les arbres et de les élaguer, une sous-direction chargée de la production végétale et de la botanique. Ainsi, il ya le personnel administratif et le personnel opérationnel.


DI : Qu´en est-il des projets de votre direction ?


KM : Le premier volet de nos projets, c´est le planting d´arbres d´alignement sur certaines voies primaires, les grands axes du District autonome d´Abidjan. Le deuxième volet est la création de jets d´eaux, des monuments et le troisième volet, c´est l´éclairage de nos espaces verts avec des panneaux photovoltaïques ou panneaux solaires d´éclairage, l´installation des panneaux directionnels pour se repérer. Ensuite, la signalisation verticale, c´est-à-dire mettre des bandes sur la route, marquer des passages piétons, poser des bacs en béton à certains carrefours, pour empêcher les occupations anarchiques des trottoirs par des vendeurs ambulants, les vendeurs de véhicules, des bacs à fleurs et enfin la pose de pavés colorés dans nos jardins.


DI : Pour finir, quel est le message que vous lancez en direction des populations d´Abidjan ?


KM : Ce que nous pouvons dire aux Ivoiriens et aux Abidjanais en particulier, c´est de respecter les espaces verts, les agents commis à ces tâches. Il y a espoir que de belles choses se fassent. Nous avons beaucoup de projets pour le district d Abidjan, car le District n est pas seulement les 10 communes de la ville d Abidjan, il y a aussi Brofodoumé, Songon, Bingerville et Anyama qui s´y ajoutent.


Par Souleymane T. Senn
Collaboration : Djénéba Sakanoko